Colloque « Transmission »

Un colloque interdisciplinaire de l'Université de Strasbourg et de l'institut Universitaire de France

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Introduction

Poursuivant l’initiative de partage des savoirs engagée en 2016 avec les colloques interdisciplinaires « Temps », « Frontières » et « Images », l’Université de Strasbourg organise son quatrième colloque interdisciplinaire sur le thème de la « Transmission ». Cette année, ce colloque prend une envergure particulière car il se tiendra conjointement – et en partenariat très étroit – au colloque national de l’IUF (Institut Universitaire de France). Ce colloque conjoint portera sur le thème de la « Transmission » et aura lieu du 28 au 30 mai 2018 à l’Amphithéâtre Cavaillès, Bâtiment le Patio, Esplanade.

Cinq conférences plénières seront données par Alan KIRMAN (Economie, directeur d’études à l’EHESS), Jean-Marie LEHN (prix Nobel de chimie), Jean-Michel LENIAUD (Histoire de l’Art), Jean-Louis MANDEL (Médecine, Académie des Sciences), Françoise WAQUET (Histoire, CNRS).

De nombreuses contributions orales plus courtes, alternant des présentations par des membres de l’IUF (au niveau national) ainsi que par des membres de notre communauté scientifique permettront d’apporter une vision très large et pluridisciplinaire des recherches actuelles sur la thématique à l’honneur.

Françoise WAQUET (Histoire, CNRS)

La parole, la science, l’émotion

Le savoir scientifique a été placé sous le signe majeur de l’écrit ; pourtant, il se transmet aussi (et peut-être davantage) à l’oral. On présentera, dans une perspective historique, les pratiques et les formes de la parole dans le monde savant ; puis l’on montrera la part des émotions (chez celui qui parle aussi bien que chez celui qui écoute) qui accompagnent l'énoncé et la réception du message.

Françoise WAQUET, docteur ès lettres, est directrice de recherche émérite au CNRS ; elle est membre de l’Institute for Advanced Study de Princeton et du Wissenschaftskolleg de Berlin ; elle a reçu la médaille d’argent du CNRS.

Ses travaux, partant d’une double approche historique et anthropologique, portent principalement sur le monde savant occidental à l’époque moderne et contemporaine. À ce titre elle a publié : Le Modèle français et l’Italie savante. Conscience de soi et perception de l’autre dans la République des Lettres, 1660-1750, Rome, École française de Rome, 1989 ; Le Latin ou l’empire d'un signe, XVIe-XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1998 ; Parler comme un livre. L’oralité et le savoir, XVIe-XXe siècles, Paris, Albin Michel, 2003 ; Les Enfants de Socrate. Généalogie intellectuelle et transmission du savoir (XVIIe-XXIe siècle), Paris, Albin Michel, 2008 ; Respublica academica. Rituels universitaires et genres du savoir (XVIIe-XXIe siècles), Paris, PUPS, 2010 ; L’Ordre matériel du savoir. Comment les savants travaillent, XVIe-XXIe siècles, Paris, CNRS Éditions, 2015.

Jean-Marie LEHN (Prix Nobel de Chimie)

Vers une chimie adaptative: auto-organisation, information, adaptation

Jean-Marie Lehn, né en 1939 à Rosheim, Bas-Rhin, a été nommé Professeur à l'Université Louis Pasteur à Strasbourg en 1970, puis a été titulaire de la Chaire de Chimie des Interactions Moléculaires au Collège de France de 1979 à 2010. Il est actuellement Professeur à l'Institut d'Etude Avancée de l'Université de Strasbourg (USIAS) et dirige le laboratoire de Chimie Supramoléculaire à l'Institut de Science et d'Ingénierie Supramoléculaires (ISIS). Il a reçu le Prix Nobel de Chimie en 1987 pour ses études sur les bases chimiques de la "reconnaissance moléculaire". Au cours des années, ses travaux l'ont conduit à la définition d'un nouveau domaine de la chimie, qu'il a dénommé "chimie supramoléculaire". Celle-ci a ensuite abordé l'étude des processus d'auto-organisation et a évolué plus récemment vers une chimie "adaptative", dont les objets répondent aux sollicitations du milieu. Auteur de plus de 950 publications, Jean-Marie Lehn est membre de multiples académies et institutions ainsi que de conseils d'entreprises privées. Il a reçu de nombreuses distinctions nationales et internationales.

Jean-Michel LENIAUD (Histoire de l'Art)

"Les os de nos pères" : transmission, tri, refus de l'héritage

"On ne peut pas tout garder !" On a maintes fois entendu, sur le mode sentencieux, l'affirmation du conservateur chargé de la mission publique du patrimoine. Elle trouve parfois une écoute favorable dans la sphère du privé, souvent pour justifier l'injustifiable : la suppression des moyens matériels. Or, le tri et l'élimination qui s'en suivent, que le conservateur impose dans l'exercice de ses fonctions, ne vont pas de d'eux même. Ils plaquent un filtre, celui du spécialiste de la conservation, entre le patrimoine commun et le corps social. Il faudrait que des comptes fussent rendus aux communautés concernées sur la question. Ce n'est jamais le cas, dans aucun des domaines patrimoniaux que gère la puissance publique : archives, bibliothèques, monuments historiques, musées et archéologie. En des temps où l'on peut se demander si la transmission n'est pas sur le point de faire l'objet d'un rejet d'une partie du corps social et si la dématérialisation pourrait conduire à l'amnésie collective, que serait-il envisageable de faire ?

Jean-Michel LENIAUD a publié une quarantaine d'ouvrage et des centaines d'articles sur des questions touchant l'histoire de l'art, de l'architecture et du patrimoine. Il enseigne principalement à l'Ecole pratique des hautes études, à l'Ecole nationale des chartes, établissement qu'il a dirigé de 2011 à 2016, et à l'Ecole du Louvre. Il préside le conseil scientifique de l'Institut national du patrimoine. Il a participé pendant de très nombreuses années aux travaux de la commission nationale des monuments historiques. Invité par de très nombreuses universités étrangères, Il a été choisi à plusieurs reprises comme expert à l'Unesco et au conseil de l'Europe.

Parmi les ouvrages qui a publiés : L'Utopie française : essai sur le patrimoine, Mengès, 1992 ; Chroniques patrimoniales, Norma 2001; Les Archipels du passé. Le patrimoine et son histoire, Fayard 2002 ; Droit de cité pour le patrimoine, presses de l'UQàM, 2013.

Jean-Louis MANDEL (Médecine, Académie des Sciences)

La transmission en génétique humaine
« D’où venons nous? Qui sommes nous? Où allons nous? »

Ces trois questions fondamentales qui sont le titre d’un célèbre tableau de Gauguin peuvent s’analyser à la lumière des progrès extraordinaires des connaissances des génomes, et notamment du génome humain et de ses variations.

D’où venons nous ? Au travers du génome hérité de nos parents, nous héritons des séquences génomiques provenant de nos ancêtres. Par-delà nos ancêtres Homo sapiens, notre génome contient des séquences, modifiées plus ou moins profondément au cours de l’évolution, provenant de l’ancêtre commun à tous les hominidés, de celui commun à tous les primates, aux mammifères, aux vertébrés et ainsi de suite. Le génome des populations humaines garde la trace de variations ayant eu, au cours de leur histoire, une valeur adaptative à des conditions environnementales spécifiques. J’en présenterai quelques exemples.

Que sommes nous ? Notre génome définit notre appartenance à l’espèce humaine. Des variations délétères (dites pathogènes) sont responsables de maladies génétiques. Ces variations sont souvent présentes dans le génome d’un ou des deux parents. Dans certains cas (mutations dites instables) elles peuvent se modifier au cours des générations successives. L’essor récent (2010) des technologies de séquençage des gènes à très haut débit a montré que des mutations dites de novo (non présentes dans les génomes parentaux) sont une cause fréquente de maladies génétiques, notamment affectant le développement du cerveau (maladies neurodéveloppementales). La fréquence des ces mutations augmente avec l’âge paternel. Les variations du génome sont également impliquées dans les prédispositions aux maladies communes, en interaction complexe avec des facteurs de l’environnement. Les approches dites de Genome Wide Association Studies (GWAS), ont permis d’identifier de très nombreuses variations de ce type. L’application de ces nouvelles connaissances à une médecine dite de précision sera en général beaucoup plus difficile et lente qu’annoncée par certains dans les médias.

Où allons nous ? Pourrait-on contrôler le génome que nous transmettons à nos enfants, et plus généralement pourrait-on (et souhaiterait-on ?) modifier de manière ciblée, comme nous l’annoncent certains, le génome humain de manière transmissible aux générations futures, en utilisant les extraordinaires stratégies d’utilisation du système bactérien Crispr-Cas ?

Jean-Louis Mandel est professeur de génétique humaine au Collège de France depuis 2003. Docteur en médecine et en sciences, il est professeur de génétique à la faculté de médecine de l'Université de Strasbourg, puis directeur de l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) à Strasbourg de 2002 à 2006, à la suite de son fondateur Pierre Chambon. Il est également membre titulaire de l'Académie des sciences depuis 1999.

Le Professeur Mandel dirige une équipe de recherche qui se consacre depuis 1982 à l'analyse de maladies génétiques. Son laboratoire a identifié une dizaine de gènes responsables, lorsqu'ils sont mutés, de maladies héréditaires affectant le système nerveux ou le muscle. Jean-Louis Mandel a également développé des tests diagnostic pour des maladies héréditaires, notamment pour le syndrome de l’X fragile. Il dirige un important laboratoire de diagnostic moléculaire de maladies génétiques au CHU de Strasbourg. Il est membre du conseil scientifique de plusieurs associations de malades et familles concernées par diverses maladies génétiques.

Jean-Louis Mandel est récipiendaire du Prix Louis-Jeantet de médecine (1999), du Grand Prix de la Fondation pour la recherche médicale (2006), et du Prix Scientifique de l’Académie Nationale de Médecine (2009). Il est également Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur (2008).

Alan KIRMAN (Economie, EHESS)

La transmission de l’information : le talon d’Achille de l’économie libérale

Depuis l’âge des lumières les économistes ont essayé de démontrer qu’une économie où les individus agissent dans leurs propres intérêts s’auto-organise d’une façon socialement satisfaisante. Sans pouvoir expliquer comment toutes les informations limitées et partielles possédées par les individus sont transmises aux autres individus et deviennent publiques. La main invisible d’Adam Smith était censée accomplir cette tâche, mais le père fondateur n’a donné aucune idée quant au mécanisme précis que pourrait recouvrir cette expression.  Jusqu’aux années 70 on a gardé l’espoir de développer un modèle formel qui incorporerait un tel mécanisme. Quand certains des plus grands économistes mathématiciens de l’époque ont démontré l’impossibilité de trouver un tel modèle, l’explication de comment l’information dans une économie est diffusée a été laissée de côté et nous nous sommes focalisés sur l’état de l’économie une fois que toute l’information est rendue disponible.

Mais nous ne pouvons pas faire abstraction de ce processus de transmission.  Dans cette présentation je couvrirai un spectre assez large allant de la notion de transmission d'information entre les individus et la relation avec la notion de "main invisible" à la transmission de l'information sur les marchés financiers et la difficulté déjà soulignée par Poincaré posée par l’hypothèse des marchés efficaces, en passant par les cascades informationnelles et l'impact de la transmission de l'information (et de la fausse information) par les "social medias" et son impact sur le comportement économique des individus.

Alan KIRMAN est Directeur d’Études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris, Professeur Émérite à Aix Marseille Université. Il a fait ses études à Oxford et a obtenu son Ph.D. à l’université de Princeton. Il a été professeur de sciences économiques à la Johns Hopkins University, l’Université Libre de Bruxelles, Warwick University, et l’Institut Universitaire Européen à Florence. Il a été élu Fellow de la Société d’Économétrie, de l’Association Européenne des Économistes, et Membre de l’Accademia dei Lincei à Rome, la plus ancienne académie du monde. Il a obtenu le Prix Humboldt en Allemagne et a été Membre de l’Institute for Advanced Study à Princeton, et Membre senior de l’Institut Universitaire de France. Il est “senior adviser” au programme de l’OCDE “New Approaches to Economic Challenges”.
 
Il a publié 160 articles dans des revues scientifiques internationales. Il est membre des comités de rédaction de plusieurs revues internationales.  Il est aussi auteur ou éditeur de dix-sept livres, plus récemment Complex Economics: Individual and Collective Rationality publié chez Routledge en 2010 et Complexity and Evolution: Toward a New Synthesis for Economics édité avec David S. Wilson et publié par MIT Press en 2016.
 
Ses premiers intérêts portaient sur l’économie théorique et, en particulier la théorie de l’équilibre général et la théorie des jeux. Néanmoins, alors que les problèmes avec les fondements de l’économie théorique moderne devenaient apparents, ses intérêts se sont concentrés sur le problème de comment, en réalité, l’économie et certains marchés fonctionnent. Il s’intéresse actuellement à la modélisation de l’économie et les marchés comme systèmes complexes et adaptifs. Dans ces modèles le comportement agrégé émerge de l’interaction entre des agents relativement simples avec de l’information locale et limitée. En somme, les acteurs économiques sont peut-être plus proches des fourmis que d’Homo Oeconomicus.

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